Escadron BRAVO & Cie

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ALERTE BLANCHE

ALERTE BLANCHE                                             en Word

 

A  Arnsberg, à partir de novembre on pouvait s’attendre à l’arrivée du général hiver quoique ce scénario ne fût pas une constante.

Cependant lorsqu’une poussée hivernale se combinait avec une alerte OTAN cela pouvait  tourner en une sorte de cauchemar.

Ceux qui se souviennent de cet évènement savent de quoi je parle.

En ce matin de novembre 1978 une alerte nous tomba dessus et nous préparâmes les véhicules pour rejoindre nos positions du côté d’Altenhellefeld.

Vers 10h00 heures la colonne formée attendait l’ordre de départ et notre peloton était rangé le long de la route de la chapelle à hauteur de la station essence.

Par manque de chance la chaufferette de mon Scorpion avait rendu l’âme avant d’être démontée quelques jours auparavant et voilà qu’il se mettait à neiger et manière régulière.

Comme souvent, nous ne pouvions faire tourner les moteurs qu’à heures fixe et nous attendions dans nos véhicules qui au fil des heures ne formaient plus que des bosses sous la couche d’une neige durable.

Apparemment le commandement était décontenancé par ce déchainement soudain de l’hiver et l’ordre de quitter le quartier ne venait pas.

La raison aurait voulu sans aucun doute que cette alerte soit reportée mais ça c’était ce que chacun d’entre nous pensait et ne disait pas.

Comme il s’agissait d’une alerte OTAN, je suppose que personne même au niveau de nos autorités n’avait à émettre des objections sur la valeur de ce qui était somme toute un exercice.

Vers 17h00 l’ordre de suspension nous parvint, et il se traduisait comme suit ; « l’alerte reste maintenue! Vous pouvez rentrer chez vous passer la nuit, rendez-vous demain 05h00 pour la suite de la manœuvre »

Nous souriions tous intérieurement car c’était déjà la perspective d’une nuit difficile qui s’éloignait.

A l’aube et à l’heure dite nous déblayâmes de nos véhicules la neige qui n’avait cessé de tomber, les routes étaient couvertes d’un manteau digne de la haute montagne.

Puis après réception de l’ordre de mouvement, le 4e Chasseurs à Cheval quasi au complet se mit en branle presqu’en silence à cause de l’épaisseur de la couche.

Au début, les véhicules se comportaient correctement car la neige n’était pas dure et offrait une certaine adhérence.

Un exercice tactique de freinage du côté de Plettenberg  se déroula de manière somme toute optimale malgré les conditions alors que les averses hivernales avaient cessé et que le froid augmentait.

Vers minuit, nous nous retrouvâmes le long d’une route pentue où la glace transformait certains véhicules en fers à repasser carrément hors contrôle et se retrouvaient dans des positions précaires pour ne pas dire dangereuses mais parfois aussi comiques.

Cela commençait à causer quelques dommages mais heureusement jusque-là sans faire de blessés.

J’étais près de la jeep de Bravo 6 le Capitaine Olyslaeghers quand la suspension de l’exercice fut annoncée et je pris avec mon 32 comme prévu la tête de la colonne d’escadron pour le mouvement de retour au quartier.

Le froid devenait alors l’ennemi principal, mon porte carte se couvrait de givre et je devais le frotter sans cesse pour y lire l’itinéraire.

Ce n’est pas à vous, anciens Recce qu’il faut expliquer ce que c’est de se déplacer à 40/50 km/hr en hiver le buste émergeant d’une tourelle avec nos tenues de l’époque.

Pour ma part, outre les lunettes char, j’avais protégé mon visage à l’aide de mon filet facial, mais alors que nous longions une voie ferrée, nous avions croisé un train de marchandise filant à toute vitesse et les paquets de neige qui couvraient son toit nous étaient tombés dessus comme une avalanche.

Malgré tout après avoir roulé sans glisser et avoir du attendre plusieurs fois la colonne, nous arrivâmes entiers au quartier où nous mîmes les véhicules dans les garages, mais je dus faire beaucoup d’efforts pour m’extraire de ma tourelle car j’étais littéralement gelé dessus, mon casque soudé à la veste par mon filet facial humidifié et givré par ma respiration.

La petite nuit qui suivi fut un bonheur mais au matin de nous partions en camions pour Siegen où nous allions passer la journée au tir petites armes après quoi nous fûmes déposés par pelotons à une quarantaine de Km d’Arnsberg que nous devions rejoindre à pieds.

 

Cela reste aujourd’hui un bon souvenir d’ailleurs comment expliquer que vivre des situations difficiles se transforme ensuite en bon souvenir ? Sans doute la satisfaction d’avoir pu s’adapter tout en accomplissant sa mission, mais aussi un métier pas comme les autres.29039_1465275680009_1477028652_31183476_576016_n.jpg

 

Maurice CENIER 10/12/2014 modifié le 24/01/2017



15/12/2014
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