La boisson mauvaise
La boisson mauvaise
La soirée est calme et déjà bien avancée au corps de garde du quartier Reigersvliet à Arnsberg.
Le ronronnement du VRC-10* fait concurrence à un transistor nasillard branché sur RTL grandes ondes.
Peu avant minuit les derniers soldats rentrent de leur sortie en ville et s’inscrivent sur les listes d’appel établies par les sous-officiers de semaine des escadrons.
Un tumulte au dehors attire alors mon attention car un cavalier milicien très alcoolisé s’en prend verbalement à la sentinelle de garde.
Il pénètre dans le corps de garde en braillant et aussitôt devient très agressif au point qu’après quelques minutes l’officier de garde décide de le mettre sous contrôle.
Nous le conduisons dans l'un des cachots dont nous laissons la porte entre ouverte comme le prévoit le règlement récemment modifié.
Cependant après quelques secondes et vu l’excitation du gaillard, nous décidons de fermer la porte et le sommons de s’allonger sur le lit et de se calmer.
Pendant quelques minutes cela semble fonctionner mais alors que tout semblait rentrer dans l’ordre, l’individu se déchaine soudainement.
Par le judas nous assistons à une scène incroyable car le lit ABL très lourd est littéralement envoyé en l’air pour retomber en perforant le vieux plancher qui a dû en voir d’autres depuis les années trente.
Le lieutenant décide alors d’appeler le docteur pour calmer ce furieux.
En théorie il suffit d’immobiliser le «sujet » pour laisser au médecin le temps de lui planter une seringue de calmant dans le fessier.
En pratique, je dois bien dire que n’ayant aucune expérience de ce genre de choses je me fie à notre officier de garde.
Obéissant à ses instructions nous prenons position en silence à trois devant la porte avec le doc en embuscade.
Soudainement, le lieutenant ouvre la porte et nous nous jetons promptement sur notre proie toujours aussi agitée.
La mêlée est intense et il nous faut plusieurs secondes pour immobiliser notre gaillard, c’est l’instant que le docteur choisi pour planter et vider le contenu de sa seringue.
En un temps assez court tout se calme et nous relâchons la pression.
Nos BD’s** si soignés en ont pris un coup mais personne n’est blessé et notre excité de service en est quitte pour un sommeil forcé.
Calmé, il rejoint son escadron au petit matin assez confus de son attitude de la nuit.
Cette expérience m’a été fort utile car j’étais sans doute trop peu rompu à ce genre de situation mais fort heureusement ce n’était pas le cas de notre officier.
*Radio
**Battle dress
Maurice CENIER 18/12/2018
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